Rencontre avec Barbara Balzerani

Mer. 5 juin 2019
à 18h30

Camarade Lune est un court livre écrit en prison durant l’année 1997, mais traduit en France que très récemment. En 2017. C’est un livre d’une grande qualité politique et littéraire. Barbara Balzerani avec franchise nous raconte comment sa vie et la situation politique se sont mêlées. Comment parfois c’est la situation politique qui semble lui imposer des choix.

En 1968, à 19 ans, Barbara Balzerani embrasse la révolte étudiante. À Rome, elle participe aux occupations, aux manifestations, aux émeutes, elle se rend aux portes des usines. Comme des milliers d’autres, elle construit le mouvement révolutionnaire.

Le 11 mai 1973 Pinochet renverse le pouvoir socialiste au Chili et torture des dizaines de milliers de militants. Cet événement est une détonation politique. Pour les révolutionnaires, cela marque l’impossibilité de prendre le pouvoir démocratiquement. Le PC italien conclura qu’il doit se résigner à gouverner avec les libéraux, ce sera le compromis historique. Barbara Balzerani prendra la décision de passer à la lutte armée. Elle rejoint les Brigades Rouges.

« Beaucoup, elle y compris, se jurèrent de ne jamais se trouver sans un fusil. Ce massacre anéantissait tout soupçon de crédibilité en l’existence d’une voie pacifique pour atteindre des changements substantiels de gouvernement. […] Il fallait devancer l’ennemi, adopter une mentalité offensive. » (Camarade Lune)

Barbara Balzerani vit 12 ans dans la clandestinité. Elle participe notamment à l’enlèvement de juge Sosso et d’Aldo Moro (leader de la Démocratie Chrétienne). Elle accompagne la seconde phase des Brigades Rouges. Celle où ils mènent la guerre contre le cœur de l’appareil d’État. Celle où ils se déconnectent lentement des insubordinations ouvrières, des mouvements étudiants, de l’Autonomie. De l’Autonomie qui tout au long des années 70 a redéfini le mouvement révolutionnaire non plus comme le renversement et la prise du pouvoir, mais comme la construction du communisme sans transition ici et maintenant.

Barbara Balzerani est arrêtée en 1985. Elle essuie une peine de 21 ans de prison ferme, auxquels s’ajoute 6 ans de prison conditionnelle. Son récit est précieux, car comme elle l’explique : “L’histoire des Brigades Rouges est mal connue parce qu’il y a eu une confiscation de la parole. La loi sur les repentis et les dissociés a nui à la vérité : ceux qui parlaient le faisaient par intérêt, tandis que ceux qui refusaient de répudier leur passé se voyaient privés de toute parole publique.” (interview dans CQDF, octobre 2017).

L’invitation de Barbara Balzerani dans nos locaux s’inscrit dans cette démarche : reconstruire dans sa complexité l’histoire italienne des années 60-70-80 pendant lesquelles une véritable explosion sociale a entretenu la possibilité d’une victoire. Cette période a vu le dernier processus révolutionnaire en Europe. Nous invitons donc Barbara Balzerani pour questionner à travers son parcours et le sens de son choix politique, en l’occurrence celui des Brigades Rouge, quelle était la perspective politique défendue et quels ont été les causes de leur défaite dans un contexte où tout le mouvement révolutionnaire a - de fait - été mis en échec