Avec Marx -
Avec Marx -

Cheminer avec Marx dans son époque afin de comprendre les options théoriques et pratiques qui ont mené à l’avènement d’une force révolutionnaire sans précédent.

« Tout ce dont nous vivons aujourd’hui ce ne sont jamais que des miettes tombées de la table de la révolution du siècle dernier, et sur de tels morceaux nous avons assez bien mâché et remâché.. »
H.Ibsen, cité par W.Benjamin, dans sa liasse sur la Commune de Paris
(réédité en 2016 par les éditions Poncerq)

Marx constitue une référence politique majeure. Mais comment l’utiliser aujourd’hui alors qu’il n’a jamais cessé de déclarer que ce sont les conditions matérielles et historiques d’une époque qui déterminent la pensée qu’elle produit ? Si son affirmation est vraie, en retour, sa pensée doit être étudiée depuis de ce qu’elle a compris et permis, en son temps. C’est justement un tel détour historique que nous proposons : non pas actualiser Marx en appliquant sa méthode à la situation actuelle – fuyons l’idéologie ! – mais cheminer avec Marx dans son époque afin de comprendre les options théoriques et pratiques qui ont mené à l’avènement d’une force révolutionnaire sans précédent. L’enjeu n’est pas simplement historique : il ne s’agit pas de brosser un tableau détaillé du XIXème siècle, ni de la vie ou de l’œuvre de Marx mais plutôt de comprendre comment il a su tenir ensemble une analyse fine des situations concrètes ainsi qu’une pensée plus globale qui permette aux diverses situations d’entrer en résonance. Ce sens historique et politique est comme une faculté que nous désirons exercer en la voyant à l’œuvre chez Marx (et Engels). Même si nous avons à faire à une situation nouvelle, même si nous défendons en partie des idées différentes, nous faisons ici le pari que cette faculté, ce muscle, qui leur a permis de penser et d’agir sur le monde, est l’un de leurs héritages le plus important. Avec cependant une précaution : si nous parlons de sens historique, nous le faisons à l’opposé de la tradition déterministe du marxisme de caserne. Faire l’histoire, pour ceux qui luttent, consistera toujours à saisir des fragments dans le passé pour ouvrir des brèches dans le présent.

Premier jour. Introduction : entre « l’ère des révolutions » et « l’ère du capital » (Hobsbawm).

La période sur laquelle on désir se concentrer est celle que Hobsbawm a appelé "l’ère du capital" et qu’il situe entre 1848 et 1875. Elle s’ouvre par le fameux "printemps des peuples", vague de révolutions dans une grande partie de l’Europe qui resta malheureusement lettre morte dans les années qui suivirent. L’ère est celle du capital pour deux raisons : l’énorme boom économique des années 1850 précipite le passage dans un monde capitaliste grâce à l’extension du commerce sur tout le globe ; 1867 est l’année de parution du Capital de K. Marx. Comprendre les positions de Marx passe par un retour sur ces deux phénomènes : les révolutions "romantiques" de 1848 où les ouvriers font leur entrée sur la scène politique et l’énorme développement du capitalisme qui leur succède. Tout l’enjeu sera de produire une analyse à la hauteur du mode de production global qui se fait jour pour mieux le subvertir. Pour cela, Marx puise à trois sources : la philosophie allemande, l’économie anglaise et le socialisme français. À chaque pensée il emprunte le strict nécessaire et critique le reste, l’enjeu étant toujours de reposer les problèmes théoriques d’une façon qui permette de les résoudre pratiquement en dépassant l’idéalisme des philosophes, le positivisme des économistes et l’utopisme des socialistes.

Deuxième jour. Marx, philosophe de la praxis : de la Ligue des communistes à la Première Internationale.

On distingue deux tendances dans les théories pré-marxistes concernant l’organisation révolutionnaire : tandis que les uns proposent de multiplier des sociétés secrètes conspiratives qui renverseront par elles-mêmes le pouvoir bourgeois, les autres pensent qu’il faut un travail de propagande préalable à la révolution afin que le peuple entier renverse la domination capitaliste. Marx tente une synthèse de ces deux courants en passant par une philosophie de l’action qui évalue à la fois le rôle des classes et de la consicence ouvrière et celui du parti communiste. On reviendra sur son analyse en jugeant aussi les formes concrètes d’organisation sur lesquelles elle a débouché (Ligue des Communistes, Première Internationale).

Troisième jour. Le rapport de Marx avec les utopistes.

Marx n’était pas le premier à parler de socialisme : des penseurs utopistes ont imaginé des systèmes idéaux où l’égalité entre les hommes seraient enfin réalisée et la question de la production et de la consommation réglée une fois pour toutes. Des phalanstères aux coopératives de production et de consommation, ces idées et leur mise en pratique ont profondément inspirées le mouvement ouvrier naissant. Marx cerne les écueils de ces philosophes qui, à trop penser des sociétés idéales, en oublient les possibilités concrètes de renversement le capitalisme. Ils sont jugés socialistes mais contre-révolutionnaires, ils sont critiqués pour leur utopisme qui va jusqu’à rêver une symbiose entre les industriels et les travailleurs. Marx et Engels refusent refuseront toujours de formuler la possibilité d’une alternative au Capital. Mais les reproches que Marx et Engels qu’ils ne cessent de préciser tout au long du siècle nous aident à comprendre la manière dont ils pensent la question du futur, de l’horizon révolutionnaire.

Quatrième jour : La Commune et le dernier Marx.

Alors que les positions de Marx et Engels commencent à peine à avoir de l’audience en Europe, notamment grâce à la Première Internationale (1864), survient la guerre franco-prussienne et surtout la Commune de Paris (1871) : si Marx se tient d’abord à distance de l’événement, il en reconnaît vite la potentialité révolutionnaire et en tire certaines leçons. D’abord, il révise sa théorie de l’État : il ne suffit pas de faire tourner à son compte l’appareil d’État, il faut le détruire et reconstruire des institutions nouvelles. Ensuite, au cours des années 1870, il s’intéresse de plus près à d’autres formes politiques : les communes rurales de Russie. Par là, il ouvre d’autres voies pour penser la révolution, en dehors de la grande histoire dialectique qui fait du prolétariat le sujet révolutionnaire, comme l’a voulu la tradition.